04.08.2007
Déclaration homophile sur la gay pride de moscou , par pierre serne conseiller municipal de vincennes
Pierre Serne, responsable de la commission Lesbiennes, gais, bi, trans des Verts, revient sur les violences à Moscou contre des militants à la suite de l’interdiction de la première Gay Pride, et analyse la situation internationale des homosexuels.
Le 27 mai dernier, vous avez été agressé à Moscou alors que vous protestiez contre l’interdiction de la première Gay Pride. Quelle était la situation ?
Pierre Serne : Cela faisait près d’un an que des associations russes envisageaient d’organiser pour la première fois une Gay Pride à Moscou. Ces militants avaient besoin d’un soutien international. Plus on se rapprochait de la date prévue, plus les difficultés s’accumulaient. Instances religieuses et politiques multipliaient les propos homophobes. Le maire de Moscou décida finalement d’interdire la manifestation. C’est dans ces circonstances qu’une délégation étrangère s’est rendue dans la capitale russe pour soutenir les organisateurs. Dans un premier temps, Jack Lang, pour le PS, était annoncé dans la délégation française. Finalement, il n’est pas venu. À gauche, Clémentine Autain et Philippe Lasnier, un conseiller de Delanoë, étaient présents. À droite, Jean-Luc Romero. On s’est retrouvés avec Volker Beck, député Vert allemand, père du Pacs allemand, Merlin Holland, le petit-fils d’Oscar Wilde, la députée européenne hollandaise Sophie in’t Veld, vice-présidente au Parlement européen de l’intergroupe Lesbiennes, gais, bi, transsexuels (LGBT).
Alors qu’on avait prévu de déposer des fleurs sur la tombe du soldat inconnu, symbole de la lutte contre le fascisme, on nous empêcha d’y accéder, et, très vite, une centaine de contre-manifestants, un mélange de popes et de skins, sont venus nous agresser. Philippe Lasnier fut arrêté, ainsi que l’organisateur de la Gay Pride, Nicolaï Alexeïev. Et à aucun moment les forces de police ne se sont interposées entre nous et nos agresseurs. Comme tout le monde était mélangé, il régnait une extrême confusion lors de l’évacuation. C’est là que Volker Beck a été violemment agressé et qu’une dizaine de skins m’ont roué de coups. J’ai réussi à remonter vers la mairie, mais d’autres m’avaient repéré et me sont tombés dessus une deuxième fois. C’était pourtant un samedi, et les rues étaient noires de monde. Personne n’a réagi avant l’arrivée de la police.
Depuis, pas un mot du gouvernement français, pas un mot de la mairie russe. Peu de temps après, j’ai été reçu en tant que responsable LGBT par le porte-parole de l’ambassade russe à Paris. Il m’a exprimé ses regrets « personnels », en précisant au passage que ça n’engageait ni son gouvernement ni son ambassade. Mais, au final, malgré les violences, le but des organisateurs a été atteint : avec la présence médiatique, on n’a jamais autant parlé de la situation des homosexuels en Russie.
Pourquoi le simple fait d’évoquer les droits des homosexuels dans le monde est-il difficile ?
Clairement, il y a tellement d’enjeux commerciaux entre les pays que les diplomates ne vont pas consacrer une grande attention à ces questions de liberté d’individus et d’émancipation sexuelle. Ils ne parlent déjà pas de la Tchétchénie ou de la situation des droits de l’homme en Chine, alors les homosexuels... Le 25 mai, était organisé un sommet entre l’Union européenne et la Russie, et à aucun moment la question des droits des homosexuels n’a été abordée. Si l’agression spectaculaire de Volker Beck à Moscou s’est transformée en affaire d’État en Allemagne, c’est grâce aux télévisions et aux photographes présents, qui ont pu diffuser l’image du député ensanglanté, permettant finalement une prise de conscience. Tous les journaux en ont fait leur une. D’ailleurs, les Russes ont sous-estimé l’impact médiatique d’un tel événement, notamment sur leur image internationale. Quelques jours après, en Pologne, la police a veillé à ce que la Gay Pride se déroule sans le moindre incident. C’est un effet direct de ce qui s’est passé à Moscou, et c’est déjà une bonne nouvelle dans un pays où l’homophobie s’accentue, sous la pression de l’Église notamment.
Car il est bien difficile de militer dans ces pays...
C’est très compliqué. Les militants ne sont pas nombreux. Ce qui était frappant à Moscou, c’est qu’il y avait plus de militants étrangers que de militants russes. Par exemple, au rassemblement du samedi, les Russes étaient seulement une vingtaine... Or, quelques jours plus tard, j’ai fréquenté une boîte où il y avait plus de trois cents jeunes... Mais ils vivent dans une société très violente. Ceux qui vivent en couple ne sortent pas. Pour eux, la seule manière d’être gay, c’est d’être discret. Dans beaucoup d’autres pays, l’homosexualité est encore criminalisée, avec même, dans neuf d’entre eux, le risque de la peine de mort. En Afrique noire, la situation se détériore, notamment au Sénégal ou au Cameroun, car les pouvoirs en place s’attaquent à l’homosexualité afin de donner des gages aux islamistes. En Europe de l’Est, en Amérique du Sud, le Vatican fait tout pour contrecarrer les premières avancées. Avec l’Europe, le Brésil soutenait à l’ONU une résolution contre les discriminations en fonction de l’orientation sexuelle. Finalement, Lula a été obligé de reculer car des pays ont subi des pressions du Vatican.
23:30 Publié dans HOMOFOLIE, POLITIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : homophobe, sarkozy, lepen, royal, serne, pierre, vert
31.07.2007
Les Russes maîtres chez eux
23:10 Publié dans EUROPE, HOMOFOLIE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


