02.10.2007

Gauche sociale et droite sociétale… (UDT du Parti Populiste - 21, 22 et 23 septembre 2007)

Depuis l’élection de Sarkozy la preuve semble être faite qu’il n’y a plus ni gauche ni droite.
Même si l’ouverture à gauche de Sarkozy est en réalité l’union sacrée des libéraux-atlantistes, Il est clair qu’il n’y a plus guère de différence - sur le plan de l’économie comme des questions de société - entre la gauche bobo du PS et la droite libérale pseudo sécuritaire d’un Sarkozy.

Si pour les gauchistes, Sarkozy est un homme de droite (parce que soit-disant sécuritaire, ce qui est lui faire une publicité qu’il ne mérite pas !), pour ceux de la droite nationale, c’est un homme de gauche : droit de l’hommiste et sans-papiériste, au mieux une sorte de Tony Blair français…

En fait, on peut aussi bien dire aujourd’hui que les politiques du Système sont tous de gauche :
- tous pour le droit du sol, le mariage gay…
Ou qu’ils sont tous de droite :
- tous ralliés à la domination politique de l’économie de Marché…

Mais cette confusion de la gauche et de la droite vient aussi de la confusion de leur définition.
Confusion de leur définition, de gauche, de droite… qui nous amène à rappeler qu’il y a deux façons de définir la gauche et la droite.

Il y a d’abord, historiquement, la définition de droite qui nous vient de l’Ancien régime.
Définition qui voit dans la droite les valeurs positives d’honneur, de morale, de respect des anciens et de la hiérarchie….
La gauche étant alors la destruction de ses valeurs par le libéralisme montant, libéralisme montant qui débouchera sur la Révolution française…
Le libéralisme, ses valeurs de calcul amoral et sa destruction de l’ordre ancien, devant donc être considéré comme le mal et la gauche… Ce que certains hommes qui se croient de la droite traditionnelle ont tendance à oublier…

Il y a ensuite la définition de gauche qui nous vient du marxisme et de la Révolution d’octobre, pour qui ce qui définit la gauche et la droite, c’est le rapport Capital / Travail…
Est de gauche ce qui favorise le Travail. Est de droite ce qui favorise le Capital.
Selon cette définition bien comprise, un patron de PME aujourd’hui est donc de gauche, puisque du côté du travail productif.
Un actionnaire du Medef est au contraire de droite, puisque du côté de la rente, de l’exploitation et du parasitisme, tout comme le fils de famille oisif, fut-il gauchiste et rmiste professionnel…

On remarquera au passage que les valeurs de la Révolution française - formellement de gauche, puisque fondées sur un égalitarisme abstrait et déclaratif, mais pratiquement de droite, puisque triomphe du libéralisme montant - ne permettent pas de trancher nettement entre les deux camps : de gauche comme le peuple, ou de droite comme la bourgeoisie ?
Ce qui facilite encore la confusion française…

De cette première clarification des gauches et des droites, on peut déjà conclure qu’un « parti populiste » qui défend à la fois les valeurs morales et le monde du travail est de droite, selon la première définition, et de gauche selon la deuxième…
Ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe plus ni gauche ni droite et encore moins que tout ce vaut.
Mais qu’il existe une droite morale qui est, si on y réfléchit bien,
la condition de la gauche économique.
Et, à l’inverse, une gauche amorale qui s’est révélée être la condition idéologique de la droite économique dans sa version la plus récente.
Remarque qui nous amène à mai 68, à la société de consommation et au fameux libéralisme libertaire…

Un libéralisme libertaire qui n’est rien d’autre que la gauche sociétale au service de la droite sociale, afin de détruire à la fois la gauche sociale et la droite sociétale :
- la gauche sociale incarnée à l’époque par le PCF,
- en même temps que la droite sociétale, incarnée à la même époque par de Gaulle et son monde des valeurs de culture maurrassienne…

Pour mieux vous faire comprendre ce fameux libéralisme libertaire - clé de compréhension de tout ce qui se passe en France et en politique depuis 40 ans : soit cette histoire de la fausse gauche et de la vraie droite souvent fort mal comprise par la droite nationale… je vais vous citer in extenso un excellent texte écrit par moi-même et paru dans mon excellent ouvrage « Jusqu’ou va-t-on descendre ? »
Texte explicatif qui va aussi éclairer l’étonnante réussite du soit disant révolutionnaire Daniel Cohn-Bendit…


Daniel Cohn-Bendit, icône libéral libertaire

Icône indéboulonnable du gauchiste épanoui, Daniel Cohn-Bendit se définit lui-même comme libéral-libertaire.
Mais que veut dire libéral-libertaire ?
Pour le gentil lecteur de Libération, c’est un homme libéral à tendance libertaire, soit un humaniste un peu anarchisant, bref un mec cool.
Au risque de ne pas passer moi-même pour un mec fun, j’ajouterais que libéral-libertaire désigne aussi, et surtout, un positionnement politique et social.

Le libéral-libertaire admet qu’il est libéral sur le plan de la production : pour le libéralisme économique, comme tout bourgeois classique (ni socialiste, ni fasciste, deux formes d’économies dirigées) ; mais aussi libertaire sur le plan de la morale, ce en quoi il s’éloigne du bourgeois classique, dont l’éthique protestante de l’entreprise et de l’épargne était un frein à l’oisiveté et à la consommation.
Le libéral-libertaire est donc littéralement un bourgeois qui se fout de la morale bourgeoise.

Mais libéral-libertaire ne désigne pas qu’une sensibilité politique, c’est aussi, sur le plan collectif, un modèle de société particulièrement brutale.
Une société à la fois :
- cool avec le consommateur (l’interdit moral ne venant pas entraver ses désirs de consommer tout ce que lui propose la société de consommation) ;
- mais hard avec le producteur (dont l’emploi est précarisé, le salaire rogné par le néo-libéralisme mondialisé).
Or, mécanisme facile à comprendre :
- plus l’individu est déchargé du poids de la production parce qu’il en est le bénéficiaire : rentier, animateur sponsorisé de la société du désir, plus il peut à la fois trouver du charme à la société libérale et se laisser aller à sa mentalité libertaire.
A l’inverse,
- plus l’individu est soumis à la dure réalité de la production, plus
son désir libertaire de jouir sans entrave (branchitude, jet-set, drogue, sexe…) est empêché par sa condition - ô combien répandue - de petit salarié précaire au pouvoir d’achat limité (métro-boulot-dodo).
L’attitude libéral-libertaire est donc, en réalité, la situation objective de celui qui n’a pas, ou peu, à produire pour consommer, qui peut donc trouver tout son charme au libéralisme dont il est le bénéficiaire, et qui ne veut pas voir la morale de la production mettre un frein à sa liberté d’abuser de cette position privilégiée.

D’où cette aisance, ce sourire permanent affiché par Daniel Cohn-Bendit - cette même béatitude de rentier qu’on retrouve sur le visage de Jean d’Ormesson, mais qui n’est ni nouvelle, ni de gauche.

Peut-être les naïfs lecteurs de Libération, sortis un moment de leur torpeur par cette aride analyse, comprendront mieux pourquoi ce rentier de la subversion, ce libertaire au service du libéralisme, n’a en réalité jamais dérangé personne (si ce n’est les enseignants qu’il a discrédité et les salariés sur le dos desquels il prospère sans jamais travailler). Pourquoi, en fait, il plait tant au pouvoir, et pourquoi il lui sera toujours tout pardonné : chienlit rouge, confusionnisme vert et pédophilie…


A la lumière de cette analyse,
Quel point commun y a t-il entre la droite nationale des valeurs et la droite libérale du profit ?
Je dirais aucun, sinon la prétention à la domination par deux groupes sociaux, en réalité inconciliables :
- L’un se fondant sur un ordre moral et la hiérarchie naturelle du monde ancien…
- l’autre sur l’amoralisme intégral et moderne de la loi du profit, porte ouverte à tous les arrivismes, toutes les décadences et toutes les mobilités sociales…
Union de deux groupes à prétention dominatrice où le premier,
qui n’en a pas les moyens, se met au service du second qui ne partage aucune de ses valeurs…
Les libéraux se servant des conservateurs, qu’ils ont historiquement vaincus et chassés du pouvoir, comme autant d’idiots utiles pour garder le pouvoir contre le peuple.
Dans la pratique ?
C’est le bourgeois frontiste de la région PACA qui a voté Sarkozy comme il votait hier Le Pen, pour, pensait-il, mettre un terme à la chienlit, et qui se retrouve au final avec Cécilia, Kouchner et Rachida Dati !
En fait d’union des droites : l’éternelle manipulation de la très respectable droite des valeurs par le monde de l’argent, issue, je vous le rappelle, de la gauche historique…
Une union que l’on peut aussi qualifier plus brutalement d’union du mac et du cocu !

Ces quelques points d’ombre éclaircis, à vous de voir si vous voulez encore être de cette droite là ou pas !
Je vous remercie de m’avoir écouté et j’attends vos questions.


Alain Soral
UDT du Parti Populiste des 21, 22 et 23 septembre 2007

 

28.09.2007

Les Trotskistes : ennemis de la classe ouvrière

L
’élection présidentielle de 2002 avait été l’occasion pour les diverses organisations se revendiquant du trotskisme de réaliser un pic historique. Arlette Laguiller pour Lutte Ouvrière avait récolté 5,72 % (soit 1.630.045 voix), Olivier Besancenot pour la Ligue Communiste Révolutionnaire 4,25 % (1.210.562 voix) et Daniel Gluckstein pour le Parti des Travailleurs 0,47 % (132.686 voix). Au Total 10, 44 % des suffrages. Score remarquable alors que, simultanément, le PCF s’effondrait. Certes les organisations d’extrême gauche ne renouvellent pas semblable performance aux élections législatives qui suivent immédiatement (un modeste 2,71 % à elles toutes), mais l’audience de cette mouvance est marquée et ses résultats aux prochaines élections présidentielles seront suivis de prés. En particulier par la Gauche, qui les rend responsables de sa précédente défaite. Mais le vote pour les organisations trotskistes est-il un vote révolutionnaire ? On peut en douter fortement au regard de l’histoire d’un courant qui a toujours fait les yeux doux à la social-démocratie et entraîné les travailleurs dans les pires impasses.



On achève bien les traîtres ...
Léon Trotski est exclu du Comité Central du Parti Communiste d’URSS et mis en résidence surveillée à Alma Ata en 1927 pour son opposition à la ligne de Staline. L’homme a déjà un long passé de « révolutionnaire professionnel » lorsqu’ il rallie, in extremis, les bolcheviks après la Révolution d’Octobre 1917. Il participe activement à la mise en place de l’Armée Rouge lors de la guerre civile, ainsi qu’à la formation de l’appareil bureaucratique et de la police politique après la victoire des « Rouges ». Son efficacité dans la répression, s’est à plusieurs reprises, signalée. En Ukraine, avec l’écrasement des communes paysannes libertaires des Makhnovistes. En mars 1921, il va mener impitoyablement le siège contre la révolte des marins de Kronstadt. Revendiquant que le pouvoir revienne au Peuple et aux conseils ouvriers, les mutins (qui furent le fer de lance de la Révolution) sont liquidés de manière froide et implacable. Avant de finir victime du régime qu’il avait mis en place, Trotski s’évertuera à liquider toutes les oppositions (qu’elles soient libertaires ou socialistes révolutionnaires de gauche, ou issus du Parti Bolchevik). Mis en minorité par Staline (1), il est contraint à l’exil en 1929. Dirigé sous bonne garde vers la Turquie, il touche une rente de l’ambassade soviétique et vit sur une île du Bosphore, sous la surveillance vigilante des services secrets russes. Mais l’homme ne veut pas renoncer, il fausse compagnie à ses gardiens et commence à mettre en place un appareil politique pour lutter contre le stalinisme. La Quatrième Internationale va ainsi naître dans les péripéties de l’exil de son fondateur. Dès son origine, le courant trotskiste va devoir faire face à la prépondérance, dans le monde ouvrier, des Partis Communistes alignés sur Moscou. Extrêmement minoritaires, les fidèles de Trotski doivent se montrer discrets. Infiltrés par les agents soviétiques et pourchassés par les militants staliniens dans les années 30, ils sont quasiment isolés en France. Leur espace d’expression est réduit et ils peinent à entrer en contact direct avec le monde ouvrier encadré effi cacement par la CGT, structure syndicale contrôlée par le PCF. Pour pouvoir exister, les trotskistes français vont devoir se lier à des militants syndicaux en marge de la centrale communiste. Suivant la même logique, Trotski appellera ses fidèles français à mener un politique d’entrisme au sein des mouvements de gauche comme la SFIO (l’ancêtre du PS actuel). Profitant de la montée du Fascisme, il appelle à la constitution d’un front uni, le but avoué étant de constituer l’aile gauche de la social-démocratie. L’infiltration portera ses fruits dans le service d’ordre et les jeunesses socialistes. Mais l’opération échouera sous la pression des communistes qui, après le 6 février 1934, vont se rallier à l’antifascisme radical.

Quand, en août 1940, Mercedes Ramos, sympathique agent stalinien au demeurant,dessoude à coups de piolet Léon Trotski (alors accueilli en exil au Mexique par son très maçonnique gouvernement), ses partisans ont déjà adopté un comportement militant spécifique, fait d’un culte du secret (symbolisé par l’emploi des pseudonymes au sein même des organisations), de sectarisme qui les conduisent à s’entre-déchireret d’un goût prononcé pour l’entrisme. La guerre qui éclate ne fera que renforcer cette attitude. On retrouve dans la résistance une génération de cadres qui vont faire leurs premières armes dans la clandestinité : De Daniel Korner, alias Barta, fondateur de LO à Robert Barcia, alias Hardy, qui serait le véritable dirigeant de cette organisation pour certains journalistes. Il n’est pas étonnant de retrouver Pierre Boussel, alias Pierre Lambert, dans les combats contre l’Occupation. Issu d’une famille d’immigrés juifs russes, il naît en 1920 en France. Militant des Jeunesses Communistes, il est exclu pour ses positions anti-soviétiques. Il se rapproche alors des socialistes et rencontre des militants trotskistes infiltrés dans leurs rangs. Séduit par leur discours internationaliste et leur opposition à l’URSS, il devient vite un militant reconnu durant la guerre, membre des hautes instances du comité international pour la constitution de la IV° Internationale. On le retrouvera plus tard à la tête du courant qui portera son nom : les lambertistes.


A l’assaut des appareils
Poursuivis par les nazis, les trotskistes doivent aussi faire face aux communistes qui n’enterrent nullement la hache de guerre avec eux. Eliminés physiquement dans les prisons et les maquis, ils sont confrontés à l’appareil clandestin stalinien. La Libération laisse quelques espoirs de développement aux trotskistes. Mais les années 50, les plongent dans une situation critique. Les querelles entre micro-groupuscules rendent insignifiante leur influence dans une France qui passe lentement de la reconstruction aux Trente Glorieuses. Avec l’éclatement du Parti Communiste International (la principale organisation de cette tendance de l’après guerre), les différentes tendances traversent un désert de plusieurs années. La scission de 1952 a pour origine la question de l’entrisme au sein du PCF. La majorité des membres refuse cette stratégie et est exclue de la Quatrième Internationale. Ils forment un nouveau PCI sous la conduite de Pierre Lambert. Les minoritaires sous la direction de Michel Rapatis (Pablo) puis de Pierre Franck vont tenter d’infiltrer le PCF. Avec des succès importants au sein des JC et de l’Union des Etudiants Communistes, où ils vont animer une fronde permanente contre la direction du Parti. Profitant de la position « timorée » du PCF sur la question algérienne, les « pablistes » vont accentuer le travail de tendance. Devenant le principal réseau de soutien au FLN dans le monde universitaire, ils fourniront de nombreux « porteurs de valises » aux rebelles algériens. Ravivant le vieil antifascisme militant, ils seront aussi à la pointe du combat contre l’OAS et ses soutiens étudiants (avec par exemple le fichage para policier des pro-Algérie Française). Après l’indépendance, on retrouvera certains d’entre eux parmi les « Pieds Rouges », c’està- dire les coopérants progressistes français au nouveau régime. Parmi eux, les frères Krivine se distinguent déjà.

Chez les lambertistes, la forte personnalité de leur leader va structurer ce courant autour du travail d’entrisme au sein du monde syndical. Doué d’un véritable talent d’organisateur, porteur d’un charisme indéniable auprès des militants, Lambert-Boussel s’est s’entouré de fidèles capables de naviguer dans les conjonctures politiques les plus difficiles. Extrêmement rigide au niveau de la forme révolutionnaire, il incarne pour beaucoup la continuation légitime du trotskisme. Lambert mènera en personne l’opération qui allait permettre la survie de son courant : l’entrisme à Force Ouvrière. Pourquoi les lambertistes ont-ils jeté leur dévolu sur FO ? Il n’y a pas de hasard à ce choix. La CGT-FO est née d’une scission réformiste de la CGT historique qui refusait la mainmise du PCF sur la centrale militante. Se revendiquant d’un syndicalisme libre et démocratique, FO fédéra les opposants à la politisation du monde syndical. On verra ainsi se côtoyer des anti-communistes primaires proches des milieux « d’extrême droite » et des gauchistes de toutes obédiences, chassés de la CGT.

« Heureusement que vous les avez ! » disait Chirac, au sujet des lambertistes, à André Bergeron, ancien dirigeant de FO. Mais c’est surtout son successeur, Marc Blondel qui va les utiliser pour asseoir sa domination sur le syndicat dans les années 80-90. Des postes de permanents syndicaux et de délégués auprès des institutions, liés à la co-gestion sociale vont échoir en récompense à des militants trotskistes. Il n’est dès lors pas étonnant que les lambertistes aient soutenu Jean-Claude Mailly, le dauphin désigné de Blondel. Patients et discrets, les lambertistes n’occupent pas les devants de la scène. A la différence de leurs frères ennemis « pablistes ».

Après avoir amené à la paralysie de l’UEC, les trotskystes se verront exclus par le PCF. Les staliniens vont s’efforcer d’isoler ces éléments provocateurs. Mais les événements de Mai 68, vont leur donner une dynamique sans précédent dans le monde étudiant. Les exclus vont fonder la Jeunesse Communiste Révolutionnaire en 1965. Sous la direction d’Alain Krivine, cette organisation donnera après de multiples péripéties, naissance à la LCR. Sous les feux de l’actualité durant toutes les années 70, son audience restera pourtant extrêmement petite bourgeoise. Au contraire de Lutte Ouvrière qui s’efforcera de s’implanter dans le monde ouvrier avec des résultats mitigés jusqu’à l’apparition du phénomène médiatique Arlette.


Un rôle contre révolutionnaire assumé
On le voit l’histoire du Trotskisme en France est assez agitée et a profondément marqué sa mentalité. Mais certains aspects peu connus sont éclairants sur le véritable rôle de ce courant. Ainsi les liens entre les services secrets américains et les trotskistes ne sont pas de purs fantasmes issus de l’Humanité de la grande époque stalinienne. A partir de 1948, avec la naissance de la Guerre Froide, la CIA ne ménage pas son aide à de potentiels alliés contre Moscou. La manne fi nancière qu’elle déverse sur la France est considérable, gigantesque même, vu qu’elle subventionne toutes les tendances anti-communistes sans distinction de partis. Par exemple dans les milieux syndicaux, des officines liées à elle et à la puissante confédération syndicale américaine AFL-CIO, alimentent en fonds secrets la toute jeune direction de FO. Par ce biais, les lambertistes sont très tôt mis en contribution. Ils participent à l’opération Project Book. En collaboration avec Radio Liberty, la CIA met en place un réseau de diffusion vers l’Est de littérature anti-stalinienne. Les réseaux lambertistes serviront ainsi à passer en URSS des milliers d’exemplaires de publications de propagande anti-communistes. En France même, certains trotskistes vont devenir des agents actifs des services américains, en particulier pour faire barrage à l’influence communiste chez les intellectuels (2). Il est certain que d’autres dossiers dorment encore dans les archives des services américains. La stratégie de la tension américaine en Europe a souvent été d’utiliser des groupuscules gauchistes pour créer une déstabilisation des régimes qui ne lui étaient pas favorable. Ainsi dans les prémisses de Mai 68 on pourrait bien retrouver la main des services US. Cela n’est pas faire le jeu du mythe du Complot que de trouver troublant le rôle des divers groupuscules d’extrême gauche dans cette crise visant à affaiblir le régime gaulliste (qui avait fait de l’indépendance nationale vis-à-vis de l’Otan un enjeu stratégique important). Ainsi que dans les diverses tentatives pour contrer l’influence du PCF dans les masses populaires.

Mais le trotskisme, ce sont aussi des idées et des méthodes qui se sont révélées nuisibles pour les luttes des travailleurs. Actuellement, pas un mouvement social ou une grève étudiante sans que l’on ne voit apparaître un représentant de ce courant. Et à chaque fois leur rôle finit par ressembler à un sabotage des initiatives révolutionnaires. Dans les années 70, les authentiques anarchistes et autonomes d’ultra-gauche ne se trompaient pas quand ils attaquaient les services d’ordres de la LCR ou de l’OCI (ancêtre du PT) à coup de cocktails molotov. A chaque fois, les diverses organisations trotskistes tentent de reprendre à leur compte les actions partant de la base. L’important, étant pour eux, de se poser en interlocuteurs sérieux des institutions et des médias, et cela en oubliant souvent les revendications à l’origine de la lutte.

De même, si l’on doit faire un bilan de l’entrisme de l’extrême gauche on constate que cette méthode a parfaitement réussi. Et même trop bien réussi... En effet, en phagocytant syndicats, associations et partis modérés, les diverses tendances gauchistes s’intègrent à un système qu’elles prétendent combattre. Sans parler des désertions (la liste serait trop longue de personnalités anciennement d’extrême- gauche dans les années de l’après 68, ralliées au Capital), cette méthode entraîne obligatoirement l’absorption des éléments révolutionnaires dans le jeu du consensus libéral. Le cas d’Henri Werner éclaire par la fascination/répulsion pour le libéralisme de la génération trotskiste des années 70. Haut responsable de la LCR et futur élu du PS, il étudie sociologiquement le système de fonctionnement du CNPF (le futur MDEF). Véritablement séduit par son efficacité, il présente la confédération patronale comme modèle pour l’organisation de la Ligue à un Krivine médusé. Autre cas d’intégration des valeurs qu’ils étaient sensés combattre, la très intéressante évolution des intellectuels trotskistes new-yorkais. Passés de la lutte anti-impérialiste au néo-conservatisme dès les années 80. On retrouve ainsi ces anciens gauchistes parmi les plus fidèles soutiens à la politique d’agression de Bush et d’Israël. Si les gauchistes critiquent la bureaucratie des appareils, c’est pour mieux les concurrencer et prendre leur place. Ils deviennent ainsi des supplétifs utiles dans les querelles internes, comme les lambertistes à FO, que l’on remercie par quelques postes.

Dans le cadre strictement politique, l’action des trotskistes revient le plus souvent à renforcer la social-démocratie. En lui fournissant des cadres efficaces et en lui donnant une légitimité « radicale » dans des situations difficiles (comme lorsque la Gauche se joint à des mouvements sociaux qu’elle aurait combattus quand elle avait le pouvoir). Le rôle de l’extrême gauche est de canaliser des personnes en colère contre le système pour rendre leur révolte inoffensive. On a constaté l’effet négatif de la zizanie entretenue par la LCR lors de la tentative de formation d’une coalition de la « Gauche anti-libérale » pour les présidentielles (3). Le Parti des Travailleurs mène depuis la fi n des années 80, une démarche de séduction de la mouvance nationale
républicaine. Avec des thèmes comme la défense de la République, de la Laïcité et de l’indépendance des petits maires (4), il veut récupérer une tendance qui peine à se structurer.

Au final son emprise a, le plus souvent, amené à réduire les possibilités d’action de cette « gauche nationale ». Son travail en direction des communistes « orthodoxes » poursuit la même stratégie. Le PT tente ainsi de récupérer les anciens « staliniens », pour mieux les faire disparaître et se poser comme les seuls défenseurs du Communisme. Les trotskistes veulent s’accaparer l’héritage révolutionnaire du mouvement ouvrier. N’étant jamais parvenus en entrer en synergie avec le Peuple, restant toujours marqués par leur origine petite-bourgeoise, ils en sont souvent réduits à détourner le noble discours plébéien qui fut celui du PCF avant ses reniements réformistes et révisionnistes. Mais cette manipulation ne semble pas prendre, de nombreux ouvriers préfèrent voter FN que de soutenir ces gens qui ne masquent pas leur mépris pour eux. En effet, les trotskistes ne manquent jamais une occasion de traiter les travailleurs français de tout les mots : racistes, embourgeoisés, réactionnaires... Avec leur tournant vers de « nouveaux sujets révolutionnaires » (« les sans papiers », « les homosexuels », « les femmes», « les sans-logis »), ils voient déjà en eux une relève pour la Révolution. Mais quand on gratte un peu, que constatons-nous, là aussi ? La même récupération. Voulant manipuler les revendications des minorités pour créer des foyers d’agitation, ils se posent en seule direction possible pour leurs luttes. « Les immigrés sont gentils, mais incapables de mener leur combat efficacement » sous - entend le discours paternaliste de représentants de collectifs dirigés par les trotskars. Créant partout la division, ils servent ainsi les intérêts du système. Nous pensons que de nombreux sympathisants et même, militants, de cette tendance ne se rendent pas véritablement compte du rôle qu’on leur fait jouer. Nous espérons contribuer à leur ouvrir les yeux pour qu’ils puissent rejoindre l’authentique combat des travailleurs européens pour leur émancipation.


NOTES :

1- Il faut en finir avec le mythe du soi-disant « Testament » de Lénine qui n’a aucune valeur politique dans la mesure où Lénine n’a jamais désiré rendre publiques ses quelques notes, rédigées alors qu’il était gravement malade, sérieusement atteint dans sa capacité de travail et se trouvant dans la nécessité d’être éloigné de la scène politique. L’opinion de Lénine sur Trotski ne fait guère de doute car il l’a exprimée à de nombreuses reprises. Ce dernier n’a cessé de louvoyer entre mencheviks et bolcheviks durant tout le début du 20° siècle. « Lénine ne manifesta à personne une telle hostilité personnelle, quel qu’ait été leur accord sur les problèmes de fond. Il le traitait selon les circonstances de phraseur bruyant, de comédien, d’intrigant, d’entremetteur et de Doux-Judas (en référence au personnage de Saltykov-Chtchedrine), ne manquant pas une occasion de proclamer que Trotski était un individu dépourvu de principes, naviguant entre différents groupes et soucieux seulement de ne pas être pris sur le fait ». Leszek Kolakowski. Histoire du marxisme. Tome 2. P.537. Ed. Fayard. 1987. Citations de Lénine à l’appui de ces affirmations : « On ne peut pas discuter sur le fond avec Trotski, car il n’a aucune conviction. On peut et on doit lefaire avec les liquidateurs et les ostsovistes convaincus [fraction du parti bolchevik, en français les révocateurs, car ils demandaient le rappel de la douma des députés démocratiques], mais avec quelqu’un qui joue à couvrir les fautes des uns et des autres, on ne discute pas, on le démasquecomme… diplomate au petit pied » (« A propos de la diplomatie de Trotski », 21 décembre 1911, OEuvres, vol.17, p.366). « Trotski n’a jamais eu aucune « physionomie », et il n’en a aucune [comme Besancenot ?] ; il n’a à son actif que des migrations, que des désertions qui l’ont fait passer des libéraux aux marxistes et vice versa, des bribes de mots d’esprit et de phrases ronfl antes, pillés à gauche et à droite. » (« La désagrégation du bloc d’août », 15 août 1914, OEuvres, vol. 20, p.164). Ce portrait s’applique à merveille à ses disciples parcourant la planète mondialisée. Staline reviens !

2- Denis Boneau, « Quand la CIA fi nançait les intellectuels européens », long article qui détaille la mise en place d’un réseau d’intellectuels proaméricains des années 50 à nos jours. Disponible sur le site du Réseau Voltaire : http://www.voltairenet.org/fr

3- Le rôle du PCF n’étant lui aussi pas très clair dans cette affaire. Complètement vassalisé au PS, M-G Buffet semble avoir poussé à une rupture au sein d’un mouvement qui pouvait faire de l’ombre à la candidature de Royal. Contre la promesse de sièges aux législatives ? Fort probablement...

4- La candidature « indépendante », G. Schivardi, va dans ce sens. L’ancien du PS est soutenu à bout de bras par le PT.




Source : http://rebellion.hautetfort.com
Article paru dans Rébellion n°24, Mai - juin 2007

11.08.2007

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